TOUT EST DIT

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samedi 1 août 2009

Un antisémite à l'Unesco?

Le ministre égyptien de la culture Farouk Hosni était le favori pour devenir le prochain directeur général de l'Unesco. Mais la polémique sur des propos tenus en 2008 le rattrape et embarrasse les capitales occidentales.

C'est l'histoire d'une élection jouée d'avance qui s'est transformée en dossier politique brûlant. Avec pour acteur principal Farouk Hosni. Ministre de la culture en Egypte depuis 21 ans, il est candidat pour succéder au Japonais Koïchiro Matsuura à la tête de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco). Sur les rangs depuis 2007, il partait favori au nom de la "normalisation culturelle" avec le monde arabe. Plusieurs pays occidentaux, dont l'Espagne, lui ont accordé leur soutien.

Mais une polémique fait désormais vaciller Farouk Hosni. On lui reproche d'avoir prononcé en 2008 des propos virulents à l'encontre d'Israël. Répondant à un parlementaire qui s'inquiétait de la présence de livres israéliens dans les bibliothèques égyptiennes, le ministre de la culture avait déclaré: "Brûlons-les. S'il s'en trouve, je les brûlerai moi-même devant vous". Dans une tribune publiée le 21 mai dans Le Monde, l'écrivain Bernard-Henry Levy, le cinéaste Claude Lanzmann et le Prix Nobel de la Paix Elie Wiesel dénoncent les paroles d'un "homme dangereux, un incendiaire des coeurs et des esprits".

"Je regrette les mots que j'ai prononcés", répond Farouk Hosni, affirmant être "un homme de paix". Mais la pilule a du mal à passer auprès des organisations de lutte contre l'antisémitisme. "Ces excuses viennent beaucoup trop tard, regrette Shimon Samuels, directeur pour les relations internationales du Centre Simon Wiesenthal. D'autant plus que cet acte n'est pas isolé. Ca dure depuis 21 ans". Le Comité juif-américain lui reproche par exemple d'avoir tout fait pour empêcher l'ouverture d'un musée du judaïsme au Caire.

La controverse embarrasse les capitales occidentales, qui s'apprêtaient à voter en bloc pour Farouk Hosni. Difficile de se prononcer: un soutien direct au ministre de la Culture équivaut désormais à un camouflet vis-à-vis d'Israël. Mais il faut aussi composer avec les appels du pied de plus en plus insistants d'Hosni Moubarak. Le président égyptien semble faire de cette élection une affaire personnelle. Après avoir fait plier le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui ne s'oppose plus depuis lundi à la candidature de Farouk Hosni, Moubarak entend convaincre Barack Obama lors de sa visite au Caire, jeudi 4 juin. Mais le président américain, dont le discours sur le Proche-Orient est très attendu, aussi bien dans les pays arabes qu'en Israël, ne se laissera probablement pas piéger sur ce terrain miné.

Côté français, on temporise. "Il est prématuré de se positionner", assure Catherine Colonna, déléguée permanente de la France auprès de l'Unesco. Lundi, le ministère des affaires étrangères se limitait à rappeler que les candidats au poste de directeur général de l'organisation devaient en partager les principes, parmi lesquels figurent "la tolérance et le respect de la diversité des cultures".

Le dépôt des listes sera clos samedi 30 mai et le vote à la majorité des membres aura lieu avant octobre. A l'Unesco, l'été s'annonce chaud.

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